CLARA AROZARENA

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En 1999, lors d'une parution d'un magazine féminin, on pouvait voir en couverture le mannequin Laetitia Casta accompagné de ce titre évocateur : « La plus belle femme du monde ».
En regardant un peu mieux l'image, on pouvait constater que la plus belle femme du monde avait hérité malencontreusement de deux pieds droits. A force de retouches, la magnifique Laetitia Casta s'était transformée en créature non définie.
Tel cet exemple, Le travail de Clara Arozarena met en scène la fragile frontière entre la perfection et le grotesque.
Photos, textes, vidéo et bandes-sons :
autant de médium où la première intention est de montrer, de monter et démonter des séquences dites spectaculaires.Ensuite vient l'acte de réappropriation où elle vacille entre le désir de se plier au modèle préconisé par la société occidentale et celui de dénoncer ses incohérences Plus que la société du spectacle, c'est l'impossibilité de la vivre pleinement qu'elle questionne.
Enfin elle suggère une sorte de réel irréel où les stars et autres modèles se transforment en silhouettes de souvenir, où les situations spectaculaires deviennent des habitudes et où l'artifice n'est plus qu'évidence…

Un travail essentiellement photographique basé sur la mise en évidence du contre-pied. Les apparences ne sont pas toujours telles qu'elles voudraient sembler être. Pas très loin du propre et du lisse se cachent des zones bien plus troubles, des situations moins souriantes, ce sont ces espaces en marge qui sont le sujet de la démarche de Clara Arozarena. Elle puise dans l'imagerie actuelle les détails qui grincent, jamais anodins et le plus souvent seuls porteurs d'un sens reél. C'est la démonstration concrète de l'image derrière l'image...
Art hunter, http://www.provisoire.org/

Votre constat, la réalité objective n¹existe pas, il n¹y a que la loi des apparences.

La photo truquée sur photoshop est elle pour vous l¹ unique hypothèse de
réalité?

Je cite souvent l'exemple de cette couverture de magasine féminin qui avait, il y a quelques années, présenté le mannequin Laetitia Casta avec comme titre évocateur « La plus belle femme du monde » ; quand on regardait un peu plus attentivement la photo, on voyait que la « plus belle femme du monde » avait malencontreusement hérité de deux pieds droits. « La plus belle femme du monde » n'était plus donc de l'ordre du réel mais plutôt celui du surnaturel.
Nous avons pour réalité le monde qui nous entoure et ce monde est aujourd'hui celui de l'image. On serait arrivé à un stade où l'illusion vampirise la réalité. Ce serait un peu comme les créatures de John Carpenter dans « The thing » qui prennent l'apparence humaine mais qui sont tout sauf des êtres humain. Bienvenu dans mon monde où la loi des apparences devient notre unique hypothèse de réalité et où les logiciels de traitement d'images sont les rois incontestés.

Les choses ne deviendraient finalement possibles qu¹a travers l¹univers que l¹on crée?

En effet, c'est exactement ce que je mets en exergues dans la série «Catch me» : celui du fantasme où j'aimerais devenir une héroïne de jeux vidéos où de films fantastiques aux extraordinaires effets visuels et où j'aimerais atteindre une vie par procuration. Matrix, Lara Croft, autant d'héros que je ne peux copier qu'à travers l'univers que je me crée. Mais les ombres sont là pour me rappeler que tout n'est qu'artifice. Ce serait un peu le combat du mode «authenticité» contre le mode «karaoké» si cher à Malcolm McLaren (ancien manager de Johnny Rotten, chanteur punk des Sex Pistols), « nous ne croyons pas à la publicité, nous sommes la publicité… Le karaoké consiste à chanter les paroles des chansons des autres, on est libéré de toute responsabilité à partir du moment où on prend le micro.»

Vos photos mettent en tension un scénario, quel est le but du jeu?
Le but du jeu ne serait il pas de devenir le prisonnier heureux d'un espace scénarisé! Un espace qui laisserait juste assez de choix pour qu'on est l'illusion de la liberté mais où on serait rassuré par l'évidence de la programmation.
Interview par Lino polegato pour Fluxnews